IMMIGRATION : LE TEXTE DE GÉRALD DARMANIN N’EXISTE PLUS.

Interview Journal du Dimanche du 12 novembre 2023.

Le projet de loi immigration a été modifié par votre majorité au Sénat. Êtes-vous satisfait ?
Oui. C’est une vraie victoire car nous avons considérablement durci ce texte, et nous l’avons aussi musclé, en le faisant passer de 27 à 96 articles. Résultat : le texte de Gérald Darmanin n’existe plus. Le texte qui arrivera à l’Assemblée nationale sera celui du Sénat. Et heureusement, car la version initiale, avec les articles 3 et 4, créait un nouvel appel d’air et ne touchait absolument pas aux pompes aspirantes. Avec notre texte, l’appel d’air est écarté, et les pompes aspirantes seront considérablement réduites. Si demain notre texte s’applique, il y aura beaucoup moins de régularisations qu’aujourd’hui.

Était-ce nécessaire de supprimer l’aide médicale d’État au profit d’une aide médicale d’urgence ?
C’est une mesure de justice : les Français en ont assez de payer pour ceux qui ne cotisent pas, et parfois fraudent. C’est le cas des clandestins. À part les cures et la PMA, ils ont accès à un panier de soins identique à ceux qui cotisent ! Aucun pays européen ne présente un tel avantage. Nous avons également supprimé les allocations familiales et les APL pour toutes les personnes qui ne vivent pas en France depuis au moins cinq ans. Par ailleurs, la majorité sénatoriale a fait adopter le durcissement des conditions du regroupement familial, la radiation de tous les organismes sociaux des personnes sous OQTF, la fin des aides au transport pour les clandestins, le resserrement des conditions d’octroi de la nationalité française, le conditionnement des aides au développement et des visas à la délivrance par les pays de départ de laissez-passer consulaires, pour qu’ils reprennent leurs ressortissants expulsés. Le délit de séjour irrégulier, supprimé sous François Hollande, a été rétabli. Il est temps d’envoyer un message clair : on n’entre pas en France par effraction.

Craignez-vous la disparition de votre texte, alors que le président de la commission des lois de l’Assemblée, Sacha Houlié, a d’ores et déjà annoncé son souhait de rétablir le texte initial de l’exécutif ?
Le parcours d’une loi, c’est un match à trois manches : d’abord au Sénat, ensuite à l’Assemblée et, enfin, il y aura une commission mixte pari- taire composée de sept députés et sept sénateurs. Soit nos mesures de fermeté sont adoptées à l’Assemblée, et ce sera tant mieux pour la France et les Français. Soit elles sont supprimées ou diluées, et nous nous opposerons : nous ne voterons jamais un texte « en même temps ».

Vous mettez la pression sur les députés LR, qui ne peuvent plus voter un texte différent de celui de la majorité sénatoriale…
Je fais confiance à nos députés, puisque ces mesures, notre parti les a toujours défendues, notamment dans la proposition de loi que nous avions déposée à l’Assemblée nationale et au Sénat. S’ils souhaitent les améliorer, aucun problème. Mais si elles sont détricotées, j’attends d’eux la plus grande fermeté, parce que l’urgence migratoire est absolue : tout ce qui peut durcir le droit des étrangers est bon à prendre pour la France. Nous défendrons notre pro- position de loi constitutionnelle en décembre, à l’Assemblée nationale et au Sénat. Les Français veulent un référendum sur l’immigration. Nous aussi, et pour deux raisons. D’abord parce qu’aucun phénomène n’a autant bouleversé la société française depuis un demi-siècle, sans qu’on n’ait jamais demandé leur avis aux Français. Il est temps de rendre la parole au peuple. Ensuite, car il faut mettre un terme aux dérives jurisprudentielles, pour recouvrer notre souveraineté juridique. L’architecture normative de l’Union européenne et la jurisprudence de la CEDH nous empêchent de maîtriser notre immigration.

À l’Assemblée nationale, le 49.3 sera-t-il obligatoire pour le gouvernement ?
Impossible de le savoir avec le « en même temps » macroniste. En une semaine seulement, Gérald Darmanin s’est déclaré d’abord personnellement favorable, puis opposé à la suppression de l’AME !

Vous participerez ce dimanche à la marche contre l’antisémitisme. Le RN a-t-il sa place ?
Cette polémique est absolument indécente. Le ministre de l’Intérieur parle de plus de 1 200 actes antisémites depuis le 7 octobre, soit trois fois plus en un mois que pour toute l’année 2022. Et pendant ce temps- là, la classe politico-médiatique est davantage occupée à son petit jeu politicien habituel qu’à défendre nos compatriotes juifs qui ont peur pour leur vie. Cette marche ne s’adresse pas aux partis mais à tous les Français. Les élus et les électeurs du RN y ont donc toute leur place, comme l’a d’ailleurs souligné Serge Klarsfeld.

Le président ne participera pas à la marche. Comment réagissez-vous ?
Emmanuel Macron commet une faute très grave. De quoi a t-il peur ? De braquer ceux qui, dans les quartiers hallalisés, défilent aux cris de « Mort aux juifs » ? Quand des Français sont menacés parce qu’ils sont juifs, le président de la République n’a pas le droit de se cacher derrière le prétexte d’un « en même temps » diplomatique qui n’est rien d’autre qu’un manque de courage. L’antisémitisme a toujours prospéré sur le terreau du relativisme et des « accommodements raisonnables ». Cette dérobade est un signal désastreux : face à l’abomination antisémite, Emmanuel Macron aurait dû être en première ligne pour incarner l’unité de la nation et l’intransigeance de la République.

Jean-Luc Mélenchon ne viendra pas non plus. Il qualifie cette manifestation de « rendez-vous » des « amis du soutien inconditionnel au massacre ». Qu’en pensez-vous ?
Jean-Luc Mélenchon est plus solidaire du Hamas que d’Israël. Il s’est jeté sur le prétexte de la présence d’élus du RN pour ne pas venir. C’est un scandale qu’il faut dénoncer. Il n’y a pas si longtemps, les élus de La France insoumise, qui refusent de marcher contre l’antisémitisme, marchaient avec les islamistes du CCIF qui criaient : « Allah Akbar ! » Il ne faut pas laisser la rue aux islamogauchistes. Dimanche, je marcherai contre la barbarie islamiste, pour soutenir nos compatriotes juifs et pour défendre les principes de la République et les valeurs de la civilisation judéo-chrétienne.